Nous recueillons le témoignage de Chloé Portier, diplômée du CSO Paris depuis 2024.
Sportive de haut niveau, membre de l’équipe de France d’aviron et ostéopathe, elle est récemment intervenue auprès de nos 5èmes années pour leur faire un retour d’expérience professionnel.
Entre pratique au cabinet et compétition, Chloé a évoqué la gestion de son cabinet puis expliqué comment optimiser la prise en charge d’un sportif de haut niveau, tous sports confondus, en présentant notamment leur parcours de soin selon leur niveau et le cadre d’intervention des autres professionnels de santé.
Son parcours lui offre une meilleure vision sur la prise en charge des sportifs.
Au CSO Paris, il nous tient à cœur d’organiser des rencontres avec nos anciens étudiants afin de favoriser des échanges efficaces et constructifs avec les étudiants actuels.
Ces moments illustrent pleinement l’importance du lien entre alumni et étudiants. Favoriser cette transmission, c’est permettre à chacun de mieux se projeter, de comprendre les réalités du terrain et de construire son avenir avec lucidité et ambition.
Un grand merci à Chloé pour son intervention et son engagement auprès de la nouvelle génération.
Quel est votre parcours depuis votre entrée au CSO Paris jusqu’à aujourd’hui ?
Depuis mon entrée au CSO Paris, mon parcours s’est construit autour d’un double projet : devenir ostéopathe et poursuivre une carrière sportive de haut niveau en aviron. J’ai obtenu mon diplôme puis développé progressivement mon activité avec l’ouverture de deux cabinets en Eure-et-Loir.
En parallèle, j’ai continué à m’entraîner et à performer au niveau national et international, avec l’objectif d’intégrer durablement l’équipe de France et viser les Jeux Olympiques.
Comment avez-vous réussi à concilier le développement de vos cabinets et votre engagement sportif en équipe de France ?
Cela demande beaucoup d’organisation et d’adaptation. J’ai structuré mon emploi du temps autour de mes entraînements, en optimisant les temps de présence au cabinet.
Mais j’apprends encore aujourd’hui à trouver cet équilibre. Ce n’est pas toujours simple, et il y a des périodes où cela reste compliqué, notamment avec le volume important d’entraînement, les exigences du cabinet, et la nécessité d’intégrer des temps de récupération indispensables à la performance. On n’a pas toujours le choix, il faut s’adapter en permanence.
Le sport de haut niveau m’aide justement dans cette gestion : il m’a appris la rigueur, la gestion de la fatigue et la capacité à prioriser, des compétences que je développe encore chaque jour.
Qu’est-ce que le sport de haut niveau vous a apporté dans votre vie d’ostéopathe ?
Le sport m’a apporté une vraie compréhension du corps, de l’effort et de la récupération. Mais il y a aussi un vrai échange dans l’autre sens : ma pratique professionnelle nourrit également mon approche sportive.
Surtout, il m’a appris la discipline, la résilience et l’écoute. Aujourd’hui, je reproduis ces mécanismes dans ma pratique : je me fixe des objectifs, je me remets constamment en question et je cherche en permanence à m’améliorer.
Quels étaient les objectifs principaux de votre intervention au CSO et qu’est-ce qui vous a donné envie d’intervenir ?
J’avais envie de revenir à l’école depuis l’obtention de mon diplôme, et cette intervention était une belle occasion de le faire.
J’aime beaucoup transmettre et partager des valeurs qui me tiennent à cœur. C’est quelque chose d’important pour moi, et j’espère avoir pu leur apporter quelques clés à travers mon expérience.
L’objectif était de partager mon expérience de terrain en tant qu’ostéopathe et sportive de haut niveau. J’avais envie de montrer aux étudiants la réalité du métier, mais aussi l’importance d’écouter le patient, de comprendre son contexte, ses objectifs, et d’adapter sa prise en charge en fonction de la personne que l’on a en face de soi.
En quoi votre manière de prendre en charge un patient a-t-elle évolué depuis vos débuts ?
Au début, j’étais très centrée sur quelque chose de structuré. J’avais besoin d’une forme de “recette”, notamment lors de l’anamnèse, ce qui pouvait me faire passer à côté d’informations importantes sur le patient.
Aujourd’hui, j’ai évolué sur ce point. Je laisse davantage le patient me raconter son histoire, et j’accorde une grande importance à l’anamnèse, à son contexte, à ses objectifs et à son mode de vie. La relation thérapeutique est devenue centrale dans ma pratique.
Prenez-vous en charge des sportifs de haut niveau ? Si oui, avez-vous présenté aux étudiants des spécificités liées à leur prise en charge ?
Oui, et c’est justement un point que j’ai abordé. La prise en charge d’un sportif de haut niveau demande une compréhension précise de la discipline, des contraintes mécaniques, de la charge d’entraînement et du calendrier sportif.
On ne traite pas un sportif de la même manière selon sa période de saison ou ses objectifs. J’ai donc choisi de me concentrer principalement sur l’anamnèse.
Travaillez-vous en lien avec d’autres professionnels de santé ou du sport ?
Oui, je travaille principalement en lien avec un préparateur physique, des entraîneurs qui me font des retours ou des demandes concernant certains sportifs, ainsi qu’avec une psychologue.
J’essaie également de collaborer avec des kinésithérapeutes que je connais, mais dans ma région ils sont très sollicités, ce qui rend les échanges plus compliqués et limite la possibilité de leur adresser des patients. La situation est assez similaire avec les médecins : notre place est encore à affirmer et il est parfois difficile d’en trouver de disponibles.
Je m’adapte donc comme je peux dans un contexte où le désert médical est bien présent.
Malgré cela, j’encourage fortement le travail pluridisciplinaire. Il permet d’avoir une prise en charge plus complète, et c’est aussi extrêmement enrichissant, tant sur le plan professionnel que personnel.
Avez-vous évoqué la prévention ou le suivi à long terme des patients ?
J’ai évoqué ce point de manière assez brève. J’ai surtout insisté sur l’importance du suivi chez le sportif, notamment dans une logique d’accompagnement de la performance.
Quel conseil donneriez-vous à un étudiant qui souhaite ouvrir son cabinet après son diplôme ?
Je dirais : foncez… mais en étant lucide.
S’installer à son compte, c’est une super aventure, mais ce n’est pas anodin. Personnellement, ça m’a demandé beaucoup de réflexion, et encore aujourd’hui j’apprends. Je pense qu’il est important de prendre le temps, de bien s’entourer et de demander conseil, que ce soit aux enseignants, aux proches ou à des professionnels déjà installés.
Il faut aussi être ambitieux. Comme dans le sport, il y a des moments où il faut oser, accepter de se tromper, de passer par des phases de doute… mais sans se mettre en danger.
Et surtout, ne restez pas seuls. Échanger avec des jeunes diplômés m’a énormément aidée au début, notamment pour poser des questions que je n’osais pas forcément aborder pendant mes études.
Et à ceux qui aimeraient travailler avec des sportifs de haut niveau ?
De s’intéresser réellement au sport : comprendre les disciplines, les contraintes et les objectifs. Et surtout, rester humble et à l’écoute. La confiance des sportifs se construit avec le temps.
Je pense aussi que le réseau joue un rôle important. Avoir des contacts dans le milieu, que ce soit des fédérations, des athlètes ou des entraîneurs, peut vraiment faciliter les opportunités et les échanges.
Selon vous, quelles qualités sont essentielles pour devenir un bon ostéopathe aujourd’hui ?
L’écoute, l’adaptabilité, la rigueur et la capacité à se remettre en question.
Et surtout, continuer à se former après le diplôme
Comment vous projetez-vous dans les prochaines années, que ce soit en ostéopathie ou en aviron ?
Je souhaite intégrer le Centre National d’Entraînement afin de continuer à progresser dans mon projet sportif et pouvoir participer aux échéances internationales.
L’idée serait donc de mettre mon activité d’ostéopathe un peu entre parenthèses pendant quelques années, pour me consacrer pleinement à cet objectif.
En parallèle, j’aimerais continuer à me former, voire entreprendre un diplôme complémentaire, pour continuer à faire évoluer ma pratique sur le long terme.
